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SEX BONBON

à croquer

BOIS HUMIDE | 28 septembre 2007



Je me crois au mois d'août, avec mon parapluie dont les baleines plient sous le vent. La rivière est haute et je me tranquillise à la fenêtre en la regardant défiler à toute vitesse, les rats musqués se battant contre le courant, les canards indifférents, les poules d'eau épiées par des gros chats qui aimeraient bien aimer nager.bois humide
Les arbres se déplument. J'ai dû allumer le feu à bois hier soir. Le bois est humide, la cheminée pas moins. Je pue le jambon fumé. On me l'a fait remarquer ce matin à la boulangerie. « Il fait froid, hein, mademoiselle... », m'a dit un client derrière moi, l'œil à la fois complice et l'air de signifier qu'il me réchaufferait bien d'une manière ou d'une autre. «... Je sens que vous avez rallumé votre chauffage, mademoiselle ! ».

Je l'ai toisé de haut, enfin, du plus haut que je peux ;  je n'ai pas osé lui rétorquer qu'il émanait de lui de vagues relents d'urine. Non, j'ai pris mon pain multicéréales et me suis aussitôt tirée de cet enfer. Je n'avais même pas pris la monnaie. J'avais peur qu'il me suive pour me la rendre de force. Il avait la même tête que mon psy' : des lunettes, des cheveux gris, des dents mauvaises.

Mon pain me plaît moins que d'ordinaire, d'ailleurs.



3 octobre 2006

Publié par topxine à 23:41:20 dans les Alice's déballages | Commentaires (3) |

PUTRIDE | 28 septembre 2007



C'est comme chez le boucher.

Je ne vais jamais chez le boucher. Je préfère les rayons anonymes de la viande pré-emballée dans les supermarchés. Mais là, dans la vitrine, tout cet étalage de chair saignante me donnait l'eau à la bouche, comme une tigresse lors de l'assaut final. 

putrideAlors, j'ai replié mon parapluie et je suis entrée. Il n'y avait personne, ni devant, ni derrière le comptoir. Les clochettes au-dessus de la porte n'ont apparemment pas suffi à ramener du monde. J'étais là, debout devant la charcuterie, à me demander ce qui finalement me procurait tant de désir. Le saucisson, le jambon, le boudin me paraissaient obscènes. Le rouge verdâtre du hachis, sous son emballage de plastique transparent, m'écœurait tout autant que ces kilos de mayonnaise où nageaient là des crevettes géantes, ici des bouts de blancs de poulet.

L'homme est enfin arrivé, s'essuyant soigneusement le plat des mains sur son tablier tâché.

« Et pour la petite demoiselle, ça sera ? », dit-il  en mâchouillant je ne voulais pas savoir quoi.

J'ai lancé au hasard : « Une belle entrecôte, s'il vous plait ! ». Il a rattrapé ma phrase au bond, en même temps qu'une hachette de belle taille. « ... de plus ou moins 400 grammes, s'il vous plait ! ». ai-je cru nécessaire de rajouter.  Il a alors ouvert son réfrigérateur d'un air las, en a extirpé d'une seule main une pièce d'au moins vingt kilos pour la jeter sur la table en bois contre le mur, carrelé avec soin...

J'ai fermé les yeux quand la hache s'est abaissée d'un coup sec.

« Ca, c'est de la belle viande, Mademoiselle ! », dit-il en me la fourguant sous le nez par dessus le comptoir, « De la fraîche, de la tendre... on pourrait la consommer crue, vous savez ? », fit-il encore, le regard bas, glauque et figé à hauteur de ma poitrine.

J'ai porté pudiquement ma main droite à la gorge : trois boutons au moins de ma blouse étaient en vadrouille. « Ca vous plaît ? », ne manqua-t-il pas d'insister, ses yeux qui semblaient vouloir écarter ma main sans aucune délicatesse.

Il était grand, gras, il portait des lunettes et une barbe mal rasée de deux ou trois jours.

Je lui trouve aussi une certaine ressemblance avec...

J'ai payé. J'ai pris la monnaie.

Je suis sortie précipitamment après m'être emparée de mon paquet sanguinolent à carreaux rouges et blancs.

Il est toujours dans le haut de mon frigo.

Ca fait maintenant quelques jours.

Bientôt, je vais aller le porter aux mouches bleues et aux rats.




6 octobre 2006

Publié par topxine à 05:56:11 dans les Alice's déballages | Commentaires (4) |

TRANSPORTéE | 27 septembre 2007


 Je l'ai de suite repérée, avec sa robe bleu clair, décolletée et à mi-cuisses. J'ai tout vu d'un bloc : son visage finement ciselé et piqueté de petites taches de rousseur sur les joues, ses cheveux clairs et sa courte queue en pagaille, ses seins mûrs, ses genoux en pointe, ses cuisses fermes et s'évasant doucement vers les hanches. J'ai tout vu, dis-je, jusqu'au titre du livre qui l'absorbait.

Le compartiment était quasi-vide, la banquette en face de la jeune femme paraissait disponible, attirante et même avenante, Je me laisse tomber, écrasée sous la chaleur, sur le cuir doux comme l'est sans doute sa peau pâle et légèrement grainée.

De toute évidence, elle me lance un regard inquisiteur : je trouble sans doute son tête-à-tête avec elle-même. Moi, je regarde d'un air indifférent les quais vides et le canal au loin, le temps qu'elle replonge dans sa lecture et que je puisse, moi, me replonger en elle. Le train démarre enfin sur un coup de sifflet. Je ne me sentais pas pressée.

Il fait si chaud que la jeune femme a les genoux un peu écartés, sans doute pour éviter que les chairs de ses cuisses ne collent, ne s'irritent. Je me relève pour ouvrir la fenêtre et, là, debout, je coule un œil dans son corsage. Elle ne porte pas de sous-vêtement mais elle semble avoir glissé un mouchoir en papier entre ses seins, pour la même raison vraisemblablement que ses jambes s'écartent, de plus en plus du reste.

Je m'écartèle, moi aussi, les chairs à vif sous la seconde vague de canicule. J'ai un pied à l'ouest et l'autre à l'est, une main accrochée à la fenêtre pour la fraîcheur de la vitesse et l'autre à plat sur la banquette pour l'équilibre de mon corps.

Inconsciemment, j'en suis sûre, elle étend la jambe gauche qui vient s'immiscer entre mes pieds. J'ai une folle envie de serrer les genoux. Mon ventre tourne et une crampe me fait transpirer des orteils au sommet du crâne. Je me dis que je ne parviendrai jamais à tenir ainsi la demi-heure nécessaire pour arriver à ma destination.
Mais elle semble bien installée et ne décroche pas de son bouquin. Je ne me souviens plus si elle a tourné une seule page depuis que nous sommes parties.

Je me perds un long moment dans l'interstice de ses cuisses, je les vois presque  à l'endroit où elles vont se joindre. Haletante, je m'y faufile incognito. J'étais sur le point de tendre les doigts vers le bas de sa robe quand l'accompagnateur a ouvert la porte coulissante sans tambour ni trompette : « Bonjour, Mesdames ! ...Vos titres de transport, s'il vous plaît ! ».

Après, ce n'était plus la même chose. Elle avait replié ses mollets sous la banquette et changé bien entendu de position.

Quand nous sommes arrivés à destination, je me suis rendu enfin compte que, grosso modo, cette jeune femme, c'était moi, moi, assise devant un homme d'âge mûr, mal rasé, assez dodu et qui suait abondamment, pour une kyrielle de raisons différentes, il m'a semblé.




© Alice Label - 25 juillet 2006

Publié par topxine à 06:26:22 dans les Alice's déballages | Commentaires (5) |

LE RéGIME | 26 septembre 2007



C'est délibérément volontaire
 :  cela fait maintenant cinq jours que je ne mange que des fruits, comme ça, comme une purge, comme ça, pour voir si je résisterai à la faim gourmande qui me tenaille en permanence.

Dès que mon estomac se met à couiner, je pèle pourtant une pomme, j'épluche une orange, je dégante une banane. Et je viens d'agrandir la gamme depuis deux jours : du kiwi, de la mangue, des brugnons, etc.


Il n'empêche que j'ai le ventre morfondu, du matin jusqu'au soir.

Du soir au matin, la nuit, je vois danser des côtes de porc, grassouillettes et suintantes de graisse, des frites à la mayonnaise aux oeufs, des hamburgers de sept étages et des gâteaux informes dans leur crème fraîche au chocolat.



Je dors mal. Je vis mal. Je pense mal. Je ne bois que du jus d'orange même si, depuis hier, je consens à prendre un café tôt matin.

J'ai la diarrhée, bien sûr : cinq, six, sept fois par jour, je suis abonnée aux toilettes. Je reste alors un long moment scotchée à la cuvette, toute recroquevillée sur mes intestins déstabilisés.

A force, les fesses sont irritées et j'ai beau y passer une pommade blanchâtre, à l'odeur écœurante et intense, rien n'y change car, de fait, je brûle aussi intérieurement.  

Je reste chez moi le plus possible, dévêtue ou toujours prête sous ma nuisette. Je ne sors que pour un rapide ravitaillement. 
Je veux tenir deux jours encore. Je dois me prouver à moi-même que j'y arriverai. Je suis tenace, un peu idiote, d'accord, mais j'aime les défis ridicules.


3 juillet 2006

Publié par topxine à 21:20:20 dans les Alice's déballages | Commentaires (6) |

LES FOURMIS | 25 septembre 2007


   J'ai des fourmis plein les jambes, à force de les laisser pendre par-dessus les bras du divan. Je suis au salon, le corps en z devant la télé qui me débite un mille sept cent vingt-septième épisode d'une série cul. Dehors, il pleut, il pleut.

   Les pivoines pourrissent tristement devant la fenêtre, mais le bac à géraniums sur l'appui est d'un rouge resplendissant.

   
   Je vais y voir de plus près en me trémoussant à coups de pieds sur ma fourmilière interne. Les gouttes de pluie, grosses comme des billes de verre, s'acharnent sur la flore et m'éclaboussent par ricochet.

   Je vois une bonne poignée de fourmis s'affairer sur les fleurs joufflues des pivoines.
  
   Les pucerons se manifestent en colonies aux cols des tiges et s'y font sucer le miellat avec une parfaite indifférence.

 
... Je ne sais par quel pressentiment j'ai eu l'envie de soulever les géraniums. Sous leur conteneur, la débandade d'une centaine de fourmis s'organise. 


   Ca me fait paniquer, au cas où elles auraient l'idée de gagner mon meuble-bar qui sert surtout à cacher ma collection de paquets de biscuits. Je l'avoue, je suis gourmande de sucreries ; mais les fourmis plus encore, paraît-il.


   Ça m'angoisse, cette meute de petites pattes qui s'affairent en tous sens.

   Je cours illico dans le jardin pour déplacer les géraniums. Ma blouse et ma jupe sont trempées en quelques secondes. Je reviens dans la cuisine pour y chercher la balayette. Il faut, je dois dégager la pierre extérieure des intempestives. Les voilà qui tombent dans l'herbe comme autant de grains de sable.

   Deux heures plus tard, elles n'ont pas réapparu.


   L'unité que je suis a gagné sur la multitude.



26 juin 2006

Publié par topxine à 11:17:37 dans les Alice's déballages | Commentaires (9) |

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