C'est comme chez le boucher.
Je ne vais jamais chez le boucher. Je préfère les rayons anonymes de la viande pré-emballée dans les supermarchés. Mais là, dans la vitrine, tout cet étalage de chair saignante me donnait l'eau à la bouche, comme une tigresse lors de l'assaut final.
Alors, j'ai replié mon parapluie et je suis entrée. Il n'y avait personne, ni devant, ni derrière le comptoir. Les clochettes au-dessus de la porte n'ont apparemment pas suffi à ramener du monde. J'étais là, debout devant la charcuterie, à me demander ce qui finalement me procurait tant de désir. Le saucisson, le jambon, le boudin me paraissaient obscènes. Le rouge verdâtre du hachis, sous son emballage de plastique transparent, m'écœurait tout autant que ces kilos de mayonnaise où nageaient là des crevettes géantes, ici des bouts de blancs de poulet.L'homme est enfin arrivé, s'essuyant soigneusement le plat des mains sur son tablier tâché.
« Et pour la petite demoiselle, ça sera ? », dit-il en mâchouillant je ne voulais pas savoir quoi.
J'ai lancé au hasard : « Une belle entrecôte, s'il vous plait ! ». Il a rattrapé ma phrase au bond, en même temps qu'une hachette de belle taille. « ... de plus ou moins 400 grammes, s'il vous plait ! ». ai-je cru nécessaire de rajouter. Il a alors ouvert son réfrigérateur d'un air las, en a extirpé d'une seule main une pièce d'au moins vingt kilos pour la jeter sur la table en bois contre le mur, carrelé avec soin...
J'ai fermé les yeux quand la hache s'est abaissée d'un coup sec.
« Ca, c'est de la belle viande, Mademoiselle ! », dit-il en me la fourguant sous le nez par dessus le comptoir, « De la fraîche, de la tendre... on pourrait la consommer crue, vous savez ? », fit-il encore, le regard bas, glauque et figé à hauteur de ma poitrine.
J'ai porté pudiquement ma main droite à la gorge : trois boutons au moins de ma blouse étaient en vadrouille. « Ca vous plaît ? », ne manqua-t-il pas d'insister, ses yeux qui semblaient vouloir écarter ma main sans aucune délicatesse.
Il était grand, gras, il portait des lunettes et une barbe mal rasée de deux ou trois jours.
Je lui trouve aussi une certaine ressemblance avec...
J'ai payé. J'ai pris la monnaie.
Je suis sortie précipitamment après m'être emparée de mon paquet sanguinolent à carreaux rouges et blancs.
Il est toujours dans le haut de mon frigo.
Ca fait maintenant quelques jours.
Bientôt, je vais aller le porter aux mouches bleues et aux rats.
6 octobre 2006
Publié par topxine à 05:56:11 dans les Alice's déballages | Commentaires (4) | Permaliens

Après, ce n'était plus la même chose. Elle avait replié ses mollets sous la banquette et changé bien entendu de position.
Quand nous sommes arrivés à destination, je me suis rendu enfin compte que, grosso modo, cette jeune femme, c'était moi, moi, assise devant un homme d'âge mûr, mal rasé, assez dodu et qui suait abondamment, pour une kyrielle de raisons différentes, il m'a semblé.
© Alice Label - 25 juillet 2006
Publié par topxine à 06:26:22 dans les Alice's déballages | Commentaires (5) | Permaliens

Publié par topxine à 21:20:20 dans les Alice's déballages | Commentaires (6) | Permaliens

J'ai des fourmis plein les jambes, à force de les laisser pendre par-dessus les bras du divan. Je suis au salon, le corps en z devant la télé qui me débite un mille sept cent vingt-septième épisode d'une série cul. Dehors, il pleut, il pleut.
Les pivoines pourrissent tristement devant la fenêtre, mais le bac à géraniums sur l'appui est d'un rouge resplendissant.
Je vais y voir de plus près en me trémoussant à coups de pieds sur ma fourmilière interne. Les gouttes de pluie, grosses comme des billes de verre, s'acharnent sur la flore et m'éclaboussent par ricochet.
Je vois une bonne poignée de fourmis s'affairer sur les fleurs joufflues des pivoines.
Les pucerons se manifestent en colonies aux cols des tiges et s'y font sucer le miellat avec une parfaite indifférence.
... Je ne sais par quel pressentiment j'ai eu l'envie de soulever les géraniums. Sous leur conteneur, la débandade d'une centaine de fourmis s'organise.
Ca me fait paniquer, au cas où elles auraient l'idée de gagner mon meuble-bar qui sert surtout à cacher ma collection de paquets de biscuits. Je l'avoue, je suis gourmande de sucreries ; mais les fourmis plus encore, paraît-il.
Ça m'angoisse, cette meute de petites pattes qui s'affairent en tous sens.
Je cours illico dans le jardin pour déplacer les géraniums. Ma blouse et ma jupe sont trempées en quelques secondes. Je reviens dans la cuisine pour y chercher la balayette. Il faut, je dois dégager la pierre extérieure des intempestives. Les voilà qui tombent dans l'herbe comme autant de grains de sable.Deux heures plus tard, elles n'ont pas réapparu.
L'unité que je suis a gagné sur la multitude.
26 juin 2006
Publié par topxine à 11:17:37 dans les Alice's déballages | Commentaires (9) | Permaliens
Photo tirée de (cliquez ici)
Publié par topxine à 12:32:54 dans GABRIEL'S PAGES (75) | Commentaires (12) | Permaliens
<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| 45| 46| 47| 48| 49| 50| >>
teXtos