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SEX BONBON

à croquer

BON AN MAL AN | 01 octobre 2007



© Alice Label
- 10 février 2007

Publié par topxine à 17:01:45 dans les Alice's déballages | Commentaires (1) |

LE MIROIR 3 | 30 septembre 2007



Il fait tellement caniculaire que je me suis penchée sur le bord de la rivière, au risque d'y couler quelques pensées comme une famille de nénuphars. Je me suis longuement épiée : là, cette petite ride au coin des lèvres, ici, ce regard humide et froid, là encore, cette vilaine cicatrice sous la pommette, ici enfin, cette mèche rebelle qui se recroqueville dans l'œil droit.
le miroir 3
C'est un après-midi torride comme celui-ci. Je suis à la maison, Je dis que je veux aller me balader au long du canal, pour regarder danser les peupliers et glisser les péniches. « Non ! Il n'en est pas question ! », dit le père. « Non, pas toute seule ! », répète la mère. « Papa et maman ont dit non ! », perroquète encore la sœur. Quoi ! J'ai maintenant douze ans, tout de même !

Mais je n'en ai cure, de leurs avis, et ma bicyclette, elle, est d'ailleurs d'accord avec moi. Je fuis, je fonce, je fuse, j'espace le territoire entre eux et moi. Le canal m'accueille avec bienveillance. Le premier pont me sourit. Je le traverse à grands coups de pédale.

Cent mètres plus loin, voilà mon saule favori, sous lequel j'ai le sentiment d'avoir passé toute mon enfance. Je m'arrête. Je m'assieds. Le petit vent me fait des caresses.

Des gens passent, en vrac, des couples, des groupes d'enfants, des mères avec leur bébé, des petits vieux au retour de leurs emplettes, et même des hommes seuls, qui me jettent une œillade. Qu'est-ce que je fais là, toute seule, sans raison, sans ma grande sœur, sans ma mère, sans mon père ? Qu'est-ce que je fais là, moi, une petite fille qui devient peu à peu une jeune femme ?



© Alice Label - 18 juillet 2006

Photo [© Bernard Topo'] de "Ik, James Ensor" (sculpture en bronze de la chambre de travail de l'artiste ostendais) par Daniel Spoerri.


 

Publié par topxine à 11:22:22 dans les Alice's déballages | Commentaires (1) |

LE MIROIR 2 | 30 septembre 2007



Toute la matinée, j'ai essayé de reconstituer le miroir brisé voici environ un mois sur une vieille planche en bois pas trop pourrie. Comme un puzzle, j'ai collé les éclats un par un, le plus proche des uns des autres.Ca m'a pris quelques heures pour rassembler toute la quincaillerie.
Le résultat ressemble à une vague citrouille en forme de pomme de terre. Je m'y vois comme une petite pomme rongée de rides.
le miroir 2
C'est l'histoire d'une vieille femme qui voit son bus arriver de loin et qui trottine pour arriver avant lui à l'arrêt. Ses genoux la supportent à peine et, comble de malchance, il pleut à torrent. Et puis, elle a mal aux mollets, gonflés d'eau comme deux baudruches de chair. Son alternative est celle-ci : ou bien elle arrive à temps et elle se hissera tant bien que mal dans l'habitacle, ou bien elle le rate et devra attendre le prochain passage de la ligne, une heure ou deux plus tard. Une heure ou plus à attendre, debout sous l'intempérie du jour, flageolant de plus en plus sur ses pauvres cannes car, bien sûr, il n'y a ni banc, ni muret de pierre pour s'y asseoir. Le bus et elle se croisent, mais pas au même moment. Lui passe son chemin à toute allure, bien vu, bien entendu. Comment le conducteur aurait-il jamais pu concevoir que cette aïeule ratatinée aie la velléité et l'indécence de se rendre au village ? Ou n'importe où ailleurs, du reste.

Il est temps que je me défragmente, je crois : je n'ai plus qu'à rejointoyer mes satanées fissures avant ce soir.




© Alice Label - 7 juillet 2006
Photo [© Bernard Topo'] de "Ik, James Ensor" (sculpture en bronze de la chambre de travail de l'artiste ostendais) par Daniel Spoerri.


 

Publié par topxine à 09:16:09 dans les Alice's déballages | Commentaires (4) |

LE MIROIR 1 | 29 septembre 2007



Ce matin, je ne me voyais plus dans le miroir. Je n'avais pas encore bu de café et j'avais trainé quelques minutes dans les toilettes en rêvassant. Il y avait là deux solides raisons pour devenir subitement myope mais de là à être aveugle, il y avait un pas. Je ne voyais rien dans ce fichu miroir, pas même le mur bleu derrière moi, rien, vous dis-je, rien. J'ai d'abord cru à une farce, du genre d'une substance étrange qu'on m'aurait inoculée dans mon sommeil et qui provoquerait en moi de tels troubles de vision.

Néanmoins, en me levant, j'avais trouvé mes pantoufles et mon peignoir sans aucun problème, puis, avais-je eu difficile à trouver le chemin de la cuvette ? Nullement. L'astuce était décidément ailleurs.

J'ai plissé les paupières mais cela n'allait guère mieux. J'ai ensuite tendu la main vers l'emplacement du mur en question. Je ne voyais pas davantage mon visage. Je ne voyais même plus le miroir. Etait-il tombé pendant la nuit ? L'avait-on enlevé sciemment pour me déstabiliser dès le réveil ? Et, en ce cas, quel était le but poursuivi ?

C'est alors que j'ai senti mes pieds nus me brûler. J'ai baissé les yeux. Je me suis alors aperçue par terre, éclatée en mille morceaux.

Le soleil, lui, entrait à présent violemment à l'intérieur de la salle d'eau, pour me lécher les orteils, aurait-on dit... mais il se répandait comme de fins filets rouge sang en zigzagant sur le carrelage blanc.



© Alice Label 6 juin 2006 - Photo [© Bernard Topo'] de "Ik, James Ensor" (sculpture en bronze de la chambre de travail de l'artiste ostendais) par Daniel Spoerri.

Publié par topxine à 08:13:53 dans les Alice's déballages | Commentaires (1) |

BOIS HUMIDE | 28 septembre 2007



Je me crois au mois d'août, avec mon parapluie dont les baleines plient sous le vent. La rivière est haute et je me tranquillise à la fenêtre en la regardant défiler à toute vitesse, les rats musqués se battant contre le courant, les canards indifférents, les poules d'eau épiées par des gros chats qui aimeraient bien aimer nager.bois humide
Les arbres se déplument. J'ai dû allumer le feu à bois hier soir. Le bois est humide, la cheminée pas moins. Je pue le jambon fumé. On me l'a fait remarquer ce matin à la boulangerie. « Il fait froid, hein, mademoiselle... », m'a dit un client derrière moi, l'œil à la fois complice et l'air de signifier qu'il me réchaufferait bien d'une manière ou d'une autre. «... Je sens que vous avez rallumé votre chauffage, mademoiselle ! ».

Je l'ai toisé de haut, enfin, du plus haut que je peux ;  je n'ai pas osé lui rétorquer qu'il émanait de lui de vagues relents d'urine. Non, j'ai pris mon pain multicéréales et me suis aussitôt tirée de cet enfer. Je n'avais même pas pris la monnaie. J'avais peur qu'il me suive pour me la rendre de force. Il avait la même tête que mon psy' : des lunettes, des cheveux gris, des dents mauvaises.

Mon pain me plaît moins que d'ordinaire, d'ailleurs.



3 octobre 2006

Publié par topxine à 23:41:20 dans les Alice's déballages | Commentaires (3) |

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